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Réponse aux questions liées au rapport de l’IGF 2014

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La semaine dernière a été publiée dans la presse une partie du rapport de l’IGF pour « redonner » 6 milliards d’euros aux français avec un volet concernant la pharmacie. Voilà ce qui a été préconisé :

-          Arrêt du monopole pharmaceutique pour les médicaments à prescription facultative

-          Installation libre des officines en  France

-          Autorisation de la possession d’une officine par un non pharmacien

-          Arrêt du numerus clausus pour les études de pharmacie

Il y  a beaucoup de points soulevés qui méritent réflexion. Je vais répondre en tant que pharmacien aux différentes préconisations point par point tout en essayant d’être le plus objectif possible.

1.       Arrêt du monopole pharmaceutique pour  les médicaments à prescription  facultative :

Cette première idée est la plus controversée  car elle permettrait à d’autres commerces de pouvoir vendre des médicaments. Les commerces auxquels nous pensons évidemment sont les supermarchés. Cela permettrait à priori de faire baisser les prix de 10 à 20%.

Tout d’abord, il faut se rappeler que le monopole de la vente des médicaments a été donné aux pharmaciens dans un souci de santé publique car le médicament est un produit dangereux, agissant sur les organismes de chacun. Le médicament est donc vendu dans des pharmacies par un  personnel  qualifié  c’est-à-dire par un pharmacien ou un préparateur sous la supervision d’un pharmacien.

Pour les médicaments hors  prescription, il en existe deux types : ceux remboursés par la sécurité sociale comme le Doliprane et ceux qui ne sont pas remboursés comme le Maalox, fervex, … La différence fondamentale entre ces deux types de médicaments est que pour ceux remboursés, les prix sont fixés par les autorités de santé (on retrouvait le prix jusqu’à fin juin 2014 sur des vignettes mises sur les boîtes) tandis que pour ceux qui ne sont pas remboursés les prix sont libres.  Pour les produits remboursés, il est alors admis par toutes les pharmacies que le prix de remboursement est le prix de vente au public. Le prix est donc règlementé pour une bonne partie des médicaments.

Revenons donc sur l’argument qui est mis en avant, le facteur prix. Il est sûr qu’introduire un peu de concurrence ferait baisser les prix mais il faut cependant noter deux points :

-          Les marges en pharmacie ne sont pas si élevées. Il faut savoir que la marge globale d’une officine oscille entre 25% et 29%. Sur les produits conseil, les pharmacies margent en général un peu plus à un taux linéarisé de 35%.  Ce taux plus élevé permet de compenser une marge plus faible des produits remboursés à prescription obligatoire qui est  de l’ordre de 16%  en moyenne

-           Avec cette marge, elles doivent payer (en plus d’un commerce classique) un crédit pour le rachat du fond de commerce et payer une équipe qualifiée c’est-à-dire des pharmaciens qui ont fait des études bac+6 et des préparateurs qui ont fait des études bac+3. Ces professionnels doivent permettre un conseil et un encadrement optimal du client. De plus, pour assurer un bon accompagnement du patient, les pharmacies sont obligées d’employer un certain nombre de pharmaciens en fonction du chiffre d’affaires.

En conséquence, une ouverture du monopole est tout à fait envisageable sous certaines conditions :

-          L’emploi obligatoire par les commerces voulant vendre des médicaments de pharmaciens diplômés et préparateurs avec obligation comme pour  les officines d’embaucher des pharmaciens en fonction du chiffre d’affaires

-          La présence systématique d’un pharmacien sur le point de vente pour garantir la sécurité du patient

-          Assurer une meilleure rémunération des actes liés à la dispensation des médicaments soumis à prescription

-          Un contrôle renforcé par l’ordre des pharmaciens dans les officines et les nouveaux points de vente pour surveiller que le patient est bien conseillé

Ce dernier point est très important  car des personnes ont relevé  que des officines ne jouent pas leur rôle de professionnels de santé dans les conseils prodigués. D’un point de vue personnel,  je pense que ces pharmacies sont en minorité et qu’il ne faut pas brader notre santé : nous devons tendre vers un système plus qualitatif plutôt que de se créer une santé au rabais. Du moment que tous les intervenants sont d’accord sur ce point tout est envisageable.

2.       Installation libre des officines en  France

Ce point est à  exclure pour la simple raison que cela créerait des déserts pharmaceutiques  sur le territoire. Il faut comprendre que par le passé, l’Etat a décidé de figer le nombre d’officines en fonction du nombre d’habitants pour mieux répartir les pharmacies sur le territoire et éviter une hyper concentration de celles-ci dans les villes. Aujourd’hui une officine est autorisée tous les 4500 habitants. De par cette contrainte, tout le monde ne peut pas s’installer en ville  et beaucoup de pharmaciens voulant devenir indépendants sont dans l’obligation de s’installer hors des grandes villes.

Autoriser une libre installation  au bon  vouloir des professionnels serait donc une  régression totale à l’heure où  notre pays fait déjà face aux déserts médicaux.

3.       Autorisation de la possession d’une officine par un non pharmacien

Ce point est plus ouvert. En effet, l’obligation de la possession d’une officine par des pharmaciens uniquement avait pour but de garantir le malade en cas d’incident. En cas de soucis de dispensation, le pharmacien  par le biais de la possession capitalistique de son  outil de travail pouvait rembourser le patient lésé. A l’heure actuelle, il existe des mécanismes comme la souscription d’une assurance pour  palier à  ce problème.

A mon avis, il s’agit ici plus de la conception de  la profession qui est en jeu. Veut-on des professionnels indépendants et libres ou des professionnels dépendants d’un grand groupe et d’objectifs économiques qui  les dépassent ? Ce point est à débattre à l’heure où  nous sommes tous vent debout contre les multinationales spécialistes de l’évasion fiscale.

4.       Arrêt du numerus clausus pour les études de pharmacie

Sur ce point, il y a consensus pour  dire qu’on peut le supprimer. Ici, pour être franc, c’est une mesure qui n’a pas lieu d’être. Les étudiants voulant être pharmaciens doivent passer un concours en première année.  Ce concours est si exigeant que le dernier pris a une moyenne inférieure à 10/20…

 

      Conclusion

Le rapport préconise beaucoup de changements qui  peuvent redessiner fondamentalement le paysage pharmaceutique de notre pays. Avant de tout changer, il faut rappeler que notre système n’est pas si mauvais que ça : les prix des médicaments conseils tant décriés sont dans la moyenne basse de l’Europe (il suffit de comparer le prix du doliprane à l’étranger…), tout le pays est servi en médicaments avec un système de garde qui est mis en place pour pouvoir accès  aux médicaments 24h/24, il existe une réelle traçabilité des médicaments qui garantit une sécurité optimum pour les patients.

Enfin les pharmacies sont aussi touchées par la crise : la majorité des économies de l’Assurance maladie sont liés aux  médicaments. Le déremboursement et les baisses de prix  sur les médicaments remboursés ont mis les officines françaises en difficulté.

Article rédigé par Sunvirak CHHIT, membre de Pharmacie et Santé